Une bague que ma mère s'était achetée avec son tout premier salaire.
Une montre que ma grand-mère portait presque tous les jours.
Lorsque ces pièces m'ont été transmises, à des moments importants de ma vie, j'ai senti peser en elles un poids silencieux.
L'usure délicate du métal.
L'éclat doux que seul le temps sait créer.
Dans ces petits objets vivaient le temps, les souvenirs et les émotions des femmes qui les avaient portés avant moi — des choses trop personnelles, trop denses, pour être jamais pleinement dites avec des mots.
Chaque fois que je les portais, je me tenais un peu plus droite.
D'une certaine manière, elles me rendaient plus forte.
Pour moi, le bijou n'a jamais été un simple ornement.
Il est plus proche d'un talisman.
Et en même temps, c'est quelque chose qui peut se transmettre.
Il accompagne une vie entière, gagnant en sens avec le temps, au-delà des modes et des générations.
Même lorsque son rôle premier s'achève, il peut prendre une nouvelle forme et poursuivre son chemin.
Je crois avoir toujours été attirée par cette idée : porter le temps vers l'avenir.
C'est pourquoi, en découvrant l'artisanat japonais, j'y ai reconnu quelque chose de profondément familier.
J'ai grandi à Kyoto, où l'artisanat et le geste manuel n'étaient jamais loin.
Ma mère était styliste textile, et plusieurs membres de ma famille travaillaient dans le monde du kimono traditionnel.
Vivre entourée de tissus, de matières et de tissages faisait simplement partie de mon quotidien.
Pourtant, ce n'est qu'après avoir quitté Kyoto, construit ma vie à Tokyo, et visité des ateliers à travers tout le Japon que j'ai vraiment commencé à comprendre la beauté de l'artisanat et de l'esthétique japonaise.
La distance m'a offert un nouveau regard.
Des choses que je croyais acquises ont commencé à révéler leur valeur sous un jour entièrement différent.
En même temps, j'ai vu à quel point ce paysage était devenu fragile.
Des artisans qui vieillissent.
Une production qui se déplace vers l'étranger.
Des ateliers qui disparaissent, l'un après l'autre.
Des savoir-faire remarquables existent encore partout au Japon, mais les conditions nécessaires pour les faire vivre se font de plus en plus rares.
À force de visiter ces lieux, une évidence s'est imposée à moi.
Quel que soit le soin que l'on met à raconter ces histoires, les mots seuls ne peuvent pas porter une culture ou un savoir-faire vers l'avenir.
Ce qui compte, c'est de créer quelque chose que les gens choisissent de porter, de chérir, de faire vivre avec eux.
Quelque chose dont la valeur revient aux artisans.
Quelque chose qui crée, entre le savoir-faire et celles et ceux qui le rencontrent, un cycle porteur de sens.
Je ne voulais pas seulement raconter ces histoires : je voulais créer ce cycle lui-même.
C'est ainsi qu'ARCELF est née.
Le « A » d'ARCELF vient de l'initiale du prénom de ma mère.
Car cette marque existe comme le prolongement du temps, des souvenirs et des histoires transmis d'une génération à l'autre.
Mon souhait est de refléter, à l'échelle d'un univers intime, le temps, la mémoire et la sensibilité esthétique inscrits dans l'artisanat et la culture du Japon.
C'est là qu'ARCELF commence.